12 JANVIER 2012, LA LEÇON DOMINICAINE….

12 JANVIER 2012, LA LEÇON DOMINICAINE….

12 JANVIER 2012, LA LEÇON DOMINICAINE…. ‘’… Voyez d’abord, voyez surtout quelle est la valeur du présent que nous vous apportons. Si vous le trouve

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12 JANVIER 2012, LA LEÇON DOMINICAINE….

‘’… Voyez d’abord, voyez surtout quelle est la valeur du présent que nous vous apportons. Si vous le trouvez digne de vous, jouissez-en, sans même vous demander si l’intention qui vous l’a offert fut fraternelle.’’
‘’ Mais n’est-ce pas camarades, que nous sommes frères dans la honte et la souffrance ?’’…
Jean-Price Mars (In La Vocation de l’Élite)

LA JOURNÉE DOMINICAINE
Ce 12 janvier 2012, nos voisins Dominicains nous ont envoyé un puissant signal, ils nous ont enseigné que face à l’adversité, il faut savoir réagir, parce qu’après le malheur, la vie va inévitablement continuer. Il s’agit de tirer les enseignements du drame que vous venez de vivre et de prendre les dispositions pour recommencer, repartir dans de meilleures conditions.

Nous n’avons pas profité du 12 janvier 2010 et son cortège de malheurs pour réagir de la façon la mieux appropriée. Plus d’un, Haïtiens comme étrangers pensent que le 12 janvier 2010, au-delà du désastre, de la catastrophe et sa dimension, il y avait une opportunité qui s’offrait à Haïti pour corriger un ensemble de lacunes. Le 12 janvier 2010, l’opportunité s’est produite, ‘’le momentum était là, mais le leadership n’y était pas’’. Le leadership était absent…
Sur les deux années de commémoration du 12 janvier 2010, à chaque fois, le message nous est venu d’ailleurs, de l’étranger. Le 12 janvier 2011, pour avoir un exemple de la volonté de reconstruire, c’est Dennis O’Brien le patron de la Digicel qui a mis la main à la poche pour financer la reconstruction du marché Vallières, le marché en fer,  ‘’mache anba’’, symbole de la ville de Port-au-Prince. L’État haïtien dirigé par René Préval n’avait pas compris l’importance de faire renaître ce symbole de ses cendres.

Et ce 12 janvier 2012, ce sont les Dominicains qui avaient la visibilité de la journée de commémoration. Ils étaient au rendez-vous à Limonade sur le campus de l’Université flambant neuve que le peuple et l’État frère de la République Dominicaine ont offert  à Haïti dans le cadre de la reconstruction que les Haïtiens semblent incapables de commencer.

Ils étaient également sur un second front, à Pétion-Ville, dans une démonstration de la puissance d’État pour inaugurer l’immeuble moderne qui remplace désormais la résidence de l’Ambassadeur dominicain en Haïti. Les Dominicains nous ont donné plein les yeux ce 12 janvier 2012 pour nous montrer la voie, pour nous enseigner comment faire.

AINSI PARLA L’ONCLE…

C’est Jean-Price Mars qui, interpellant les Haïtiens disaient au cours d’une conférence prononcée le 4 juin 1917 et nous citons… ‘’ Mais n’est-ce pas camarades, que nous sommes frères dans la honte et la souffrance ?’’ C’est la nation entière qui est interpellée par le symbolisme qui se cache derrière le cadeau dominicain à Haïti.

N’importe quelle province du pays voisin serait contente de recevoir ce cadeau de son gouvernement. La République Dominicaine, c’est le voisin d’à côté qui a comme nous tant de problèmes à gérer. Mais dans un geste de solidarité agissante, elle nous a offert ce complexe universitaire, ce campus qui entre dans le patrimoine de l’Université d’État d’Haïti qui ne dispose pas encore d’un campus universitaire après que l’État d’Haïti vient de célébrer le 1er janvier dernier, le 208 anniversaire de sa fondation…

Le message est fort, mais nous Haïtiens nous l’interprétons diversement. Il y en a qui disent que ’’ c’est le cadeau de la honte’’, pour d’autres, ce cadeau est ’’une gifle’’, tandis que certains pensent que c’est un cadeau empoisonné. Nous pouvons le qualifier comme nous voulons, le complexe que l’État dominicain nous a offert est bel et bien là et c’est une fois de plus vers Price Mars que nous nous retournons pour, avec philosophie, comprendre la nécessité de l’utiliser à bon escient. Dans la même conférence, Price Mars interpellait l’assistance qui pouvait questionner sa qualité et ses compétences de donneur  de leçon, lui qui les suppliait presque de se tourner vers les livres pour développer le goût de la lecture des ouvrages de goût, selon lui, ‘’l’un des moyens de nous affranchir même provisoirement, même momentanément des conditions de turpitude où la veulerie, l’ignorance, et la lâcheté des uns et des autres nous ont plongés’’. Price Mars leur disait, ‘’sans que vous examiniez plus avant quels sont nos titres pour paraître devant vous, voyez d’abord, voyez surtout quelle est la valeur du présent que nous vous apportons. Si vous le trouvez digne de vous, jouissez-en, sans même vous demander si l’intention qui vous l’a offert fut fraternelle. Les Dominicains, face à notre incrédulité, à nos questionnements quant à leur véritable mobile, leur motivation en nous offrant l’Université Roi Henry Christophe peuvent eux aussi reprendre ces paroles d’un de nos plus éminents représentants dans leur pays pour nous inviter au pragmatisme, au-delà de toute honte qui serait bien naturelle en la circonstance, si nous devions faire notre bilan et remonter l’histoire de notre fondation tout comme l’histoire agitée entre les deux Républiques sœurs qui se partagent l’Ile… Jean Price Mars qui fut Ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine connaissait très bien les Dominicains dont ils parlent abondamment dans deux tomes de son livre la République d’Haïti et la République Dominicaine qui devait faire partie du curriculum du secondaire pour bien appréhender nos voisins, la société dominicaine en général.

‘’NOU PA KONN WONT’’…
‘’…Mais n’est-ce pas camarades, que nous sommes frères dans la honte et la souffrance ?’’
Le 12 janvier 2012, en marge de la commémoration du deuxième anniversaire du dévastateur tremblement de terre deux années plus tôt, a été une journée dominicaine en Haïti. Les hélicoptères de l’Armée et de la Présidence dominicaine ont été fortement remarqués dans le ciel haïtien, le drapeau dominicain a flotté dans notre ciel à côté du bicolore haïtien, cette démonstration de la puissance de l’État voisin s’il pouvait servir de catalyseur pour nous réveiller de notre léthargie, de ce que Price Mars dénonçait déjà au début du XXème Siècle, à savoir ‘’l’inertie proverbiale de l’État’’, ce serait déjà un immense apport.
En évoquant à table le catalyseur que ce geste dominicain pouvait représenter, une jeune nièce d’une vingtaine d’année nous jeta à la figure ‘’nou pa konn wont’’ !

A QUI LE PROCHAIN JOUR ?
Le 12 janvier 2013, nous contenterons-nous une fois de plus d’aller sur les décombres ou sur les places des anciens édifices pour commémorer le troisième anniversaire du 12 janvier 2010 ? Si l’Administration Préval avait appliqué certaines recommandations quant au campus de Damien, le cadeau dominicain paraitrait moins étouffant, moins encombrant. On aurait été déjà dans la dynamique de modernisation de nos infrastructures universitaires. Si cette même administration avait envers et contre tout commencé l’exécution du plan de reconstruction sur la première partie de Port-au-Prince décrétée d’utilité publique avec l’ objectif au moins d’inaugurer les édifices publiques, deux ans après, on serait dans une autre réalité au centre ville de la capitale qui nous fait aujourd’hui l’effet d’une ville perdue.

Et deux ans après, comme d’habitude, quand l’État est défaillant, ce sont les citoyens sans moyens qui font comme ils peuvent avec leurs maigres ressources, comme ils sont d’ailleurs en train de faire à Canaan que nous avons signalé comme la prochaine hypothèque sur nos problèmes à gérer, comme le Nouvelliste vient également de le mettre en évidence dans plusieurs articles. L’Administration Martelly fera-t-elle mieux en termes de reconstruction que l’Administration Préval ? Le 12 janvier 2013 serait-il comme le 12 janvier 2012, le jour d’un autre pays en Haïti ? Après les Dominicains, ce sera le jour de quel autre pays dans le cadre de la commémoration d’un événement que nous devons documenter au moins dans le ciment d’un mémorial visible et connu ?
AU-DELA DES HAITIENS, LA LEÇON AUX GRANDES PUISSANCES…
Mais la leçon dominicaine du 12 janvier 2012 n’est pas seulement une leçon aux Haïtiens. La leçon s’étend et s’applique aux grandes puissances cataloguées comme les amis d’Haïti. Tous ceux qui ont beaucoup reçu de nous par l’exploitation coloniale ou par l’occupation de notre territoire doivent se sentir bien petits, complexés par le geste des Dominicains envers Haïti. Il est temps de cesser de regarder Haïti dans le prisme réduit d’une vision déformée des miettes par-ci par-là. La coopération Sud-Sud à date a apporté plus à notre pays sur le plan pratique. L’ouverture sur Cuba au début de 1996 nous a apporté un appui valable en matière de soins de santé et en formation de cadres. L’intensification des relations avec le Vénézuela nous a ouvert les avantages du Pétro Caribe, même si l’on peut et l’on doit questionner l’utilisation et la gestion rationnelle des fonds générés. Et depuis le 12 janvier 2010, la notion du ‘’vwazinaj se fanmi’’ est bien illustrée par la solidarité de la République Dominicaine qui s’est manifestée de la meilleure façon dans l’aide aux besoins multiples des premiers moments. Il en est résulté des opportunités naturelles d’affaires pour nos voisins du fait de la proximité, mais la coopération quand elle est donnant-donnant, vaut mieux que l’aide sans contrepartie et c’est tant mieux qu’il en soit ainsi.

Ceci dit, Haïti doit se réveiller pour mettre de l’ordre dans ses affaires, pour reconstruire et récupérer sa dignité, mettre fin à la dépendance et à l’attente d’une quelconque manne de l’étranger, rapatrier sa souveraineté et créer les conditions propices au développement des affaires, la création de richesses et être désormais en mesure d’offrir à ses citoyens de meilleures garanties d’un emploi bien rémunéré pour qu’ensemble, nous prenions  en mains le destin de notre pays. C’est de cette façon que nous éviterons au moment de la commémoration d’événements tant heureux que malheureux, et en toute autre circonstance que l’État haïtien en particulier, nous citoyens et dirigeants en général soyons exposés à un traitement condescendant de la part des uns et des autres…

Cet éditorial a été préalablement diffusé sur les ondes de Radio IBO le 13 JANVIER 2012

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