2017, UNE ANNÉE DE PLUS…

2017, UNE ANNÉE DE PLUS…

    Par Hérold Jean-François Janvier 2017 en Haïti, on est dans une logique de déni de réalité. La classe politique digérait encore les

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Par Hérold Jean-François

Janvier 2017 en Haïti, on est dans une logique de déni de réalité. La classe politique digérait encore les élections présidentielles du 20 novembre 2016 et vit encore en mode cauchemar. La digestion des résultats des présidentielles est plutôt lente. Le plat du 4 janvier servi par le Conseil Électoral Provisoire est indigeste. Jovenel Moise devient Président de la République dès le premier tour. Accepter cette logique de « yon sel kout kle » de la propagande électorale du PHTK est difficile.

L’ambiance d’interrègne est tendue, les premiers signaux avec la désignation des membres du comité de transition envoient un message de confrontation et de règlements de vieilles querelles.

Le 7 février 2017, l’investiture a lieu et les tenants de l’ancien régime qui a déstructuré l’horloge politique par le non renouvellement périodique des institutions sont en première loge. La classe politique a un haut le cœur. La démocratie a de ces ironies quand la conscience de la majorité fait défaut… La non institutionnalisation de la vie politique avec des partis politiques au centre du faire de la politique, génère des anomalies qui peuvent emmener le premier venu avec un slogan creux, dans les principaux espaces de décision. Haïti, c’est malheureusement comme ça en l’an 2017.

L’attente est longue comme d’habitude pour la formation du nouveau gouvernement. La désignation le 22 février du Dr Jack Guy Lafontant arrive quinze jours après l’investiture du nouveau Président. Mais on attendra jusqu’au 21 mars, un mois environ, depuis sa nomination pour que le Parlement lui donne le vote de confiance.

Avec la nouvelle équipe au pouvoir, on entre dans une logique de convoi. Tout ce qui concerne la politique de la nouvelle administration entre dans un fourre-tout ambulant, la Caravane. Elle démarre de Port-au-Prince à destination de l’Artibonite, le 1er mai, jour symbolique, fête de l’Agriculture et du Travail dans un pays de chômage. Budget de la caravane pour l’Artibonite 197 330 333 Gourdes.

L’objectif est de mettre en valeur des terres abandonnées que l’eau n’a pas touchées depuis des décennies. Il faut curer les berges, frayer le passage et mettre fin aux incuries qui ont privé l’agriculture de ces espaces, qui, mis sous culture, auront la vertu de faire augmenter la quantité de riz disponible sur le marché haïtien, ce qui baissera la pression sur l’importation massive de ce produit. On attend encore pour voir…

1er juillet, cap vers le Sud. De gros moyens pour revivifier les trois départements touchés en octobre 2016 par le cyclone Matthew. Rien moins que 3 milliards 500 millions de gourdes pour essayer de faire renaitre l’espoir dans le Grand Sud, soit le Sud, les Nippes et la Grand ‘Anse.

La grande lacune de la Caravane du Président Jovenel Moise, c’est qu ‘il n’y a aucun document de référence, et que les principales agences du gouvernement en matière d’exécution de la politique agricole ne sont pas les véritables maîtres d’œuvre. Le principal pilote à bord et disque dur dans lequel est enfoui les plans et projections de l’articulation de la caravane, c’est le Président de la République qui se profile comme un homme-orchestre.

Et cette perception ne concerne pas uniquement la Caravane de Jovenel Moise. Le gouvernement du Premier ministre Jack Guy Lafontant est dans l’ombre.

2017, une année de grandes difficultés où les haïtiennes et les Haïtiens perdant tout espoir fuient le pays par vagues importantes pour aller constituer une nouvelle diaspora dans une destination inhabituelle, le Chili. « Chili à tout prix », pour reprendre le titre du documentaire de Valéry Numa qui nous montre l’actualité de nos compatriotes dans ce pays.

L’économie est en mode veille, les investissements n’arrivent pas, la croissance est tirée par les cheveux, la locomotive pour tirer les wagons se fait encore attendre et il n’y a que les transferts de la diaspora, les presque 3 milliards de dollars qui servent d’oxygène face au désengagement graduel de l’aide public au développement des traditionnels donateurs qui ont maintenu artificiellement en vie l’économie nationale pendant trop longtemps. La manne du programme PetroCaribe se fait de plus en plus rare, l’argent aussi, le crédit est difficile, on ne prête qu’aux riches, il n’y a aucun secteur porteur dans l’économie haïtienne en 2017. Pas de grands projets d’envergure, l’État est aux abois, les principaux services de base sont dysfonctionnels, le black out fait rage, les fatras nous servent de décor partout, la collecte des ordures ne se fait pas à un rythme régulier, nos villes sont des poubelles à ciel ouvert.

En 2017, on a attendu des signaux de moralisation de la vie publique. Le Président de la République, n’a-t-il pas lui-même révélé qu’il était le garant, caution du blocage du rapport qui devait porter les administrateurs indélicats à rendre compte de leur gestion ? Le travail de la commission sénatoriale d’enquête sur la gestion des fonds du PetroCaribe créait des illusions, mais les bénéficiaires du détournement de ces fonds sont, comme le ver, dans le fruit. Et aujourd’hui, malgré le rapport qui cible d’anciens dirigeants, l’argent du PetroCaribe qui a fait de nouveaux riches à la pelle, (il n’y a qu’à voir l’exposition dans le concret de cet argent dans des adresses connues), les fonds du PetroCaribe, disions-nous, sont comme une prostituée qui a donné du plaisir à tout le monde mais que personne ne veut admettre, ne veut assumer connaître… On est bien en Haïti où personne n’est responsable de rien, ce qui nous donne cet espace non géré, repoussant, informel et désarticulé. L’éthique de la responsabilité devrait être enseigné aux dirigeants haïtiens en 2018 pour que désormais, ils acceptent de rendre compte de leur gestion, sans se cacher derrière le prétexte facile de la persécution politique.

L’année 2017 a été abondante en manifestations de rue à travers le pays. La population, encadrée par l’opposition a occupé la rue à différents moments, en réaction à certaines décisions d’un pouvoir têtu. Augmentation du prix du carburant et des transports publics, publication d’un Budget de la République qui impose des sacrifices aux couches les plus vulnérables pour donner au pouvoir dépensier, les moyens de ses extravagances. Le monde à l’envers. Alors qu’il aurait fallu de l’imagination pour incorporer plus de professionnels, plus de générateurs d’activités économiques, répertorier des contribuables non déclarés, agir pour diminuer la contrebande et augmenter de façon significative les ressources collectées par l’État au titre de contributions diverses, les décideurs ont choisi la solution de facilité. Éroder les revenus déjà insuffisants, rendre plus chères les multiples formalités administratives, une vision d’un État sangsue qui demande presque à un tuberculeux de faire un don de sang.

Voilà le Budget 2017-2018 qualifié par plus d’un de « Budget criminel », qui a mobilisé la rue, bloqué les activités dans les centres commerciaux, créé la panique, avec bien entendu les inévitables dommages collatéraux sur les vitres des façades des magasins et sur les véhicules stationnés au mauvais endroit, au mauvais moment… Voilà Haïti en 2017, le rituel habituel qui nous projette comme un pays instable déserté par le capital international et neutralise même les investissements locaux, notre élite économique, déjà frileuse, attend le bon moment…Deux cent quatorze années d’attente… Et l’on trouve bizarre que nos voisins dominicains prennent la place et produisent les biens que nous sommes incapables de produire, modernisent graduellement leur agriculture dont les biens transformés dans leurs usines, avec des bras et la force de travail de ceux-là que nous avions laissé désoeuvrés, envahissent nos marchés et les étalages de nos supermarchés… Mais l’on se donne bonne conscience, les conditions ne sont pas réunies pour produire en Haïti, les infrastructures font défaut, il n’y a pas d’électricité, et tralala et tralala…

Et les indices de perception de la corruption en Haïti, les chiffres qui tombent en fin d’année 2017 quant au taux du chômage, plus de 14%, la croissance économique, juste 1,2% selon le Group Croissance, les péripéties avant de pouvoir faire fonctionner une entreprise en Haïti classée 151ème sur 153, l’avant avant-dernier de la classe, sont autant d’éléments qui confortent les capitalistes amorphes d’Haïti, dans leur décision d’inaction.

2017, une année à oublier pour avancer avec plus d’espoir en 2018. Que nous réserve cette nouvelle année ? 2018 sera ce que l’on voudra qu’elle soit. Une année n’est rien moins qu’un cycle défini à l’avance par le calendrier 365 ou 366 jours selon les cas. Ce sont les femmes et les hommes, les dirigeants et les décideurs politiques, économiques, sociaux et culturels qui donnent du corps aux activités multiples qui remplissent le temps d’une année. Quand nous nous plaignons que telle année n’a pas été bonne, c’est que dans tous les domaines, ceux qui auraient du prendre les décisions n’ont pas été à la hauteur. Ils et elles n’ont pas agi suffisamment ou n’ont pas agi du tout pour faire bouger les choses. Si le pouvoir central n’a pas de plan d’investissements et n’a aucun projet de transformation des réalités physiques et humaines sur un territoire, le temps passe et tout restera a l’état. Si le secteur privé est satisfait de sa situation et n’est pas inventif pour intervenir sur de nouveaux fronts, le chômage restera au même niveau et les chômeurs devront attendre un miracle qui ne se produira pas. Il en est de même de la société civile. Si ses ressorts sont cassés, les déviations du pouvoir produiront des situations anormales comme passer cinq ans d’un mandat constitutionnel sans organiser les élections ; arrêter un parlementaire en fonction sans situation de flagrance ; verser dans le népotisme en confiant des taches indues aux membres de sa famille et ensuite accuser la presse de ses incohérences, entre autres méfaits…

2017 a été une année de plus dans le calvaire haïtien. Rien n’a changé du point de vue des attitudes et comportements au pouvoir comme à l’opposition. L’improvisation au pouvoir nous a donné une situation de décision au jour le jour, au gré des fantasmes d’un Président autocrate et autoritaire qui est intervenu pour domestiquer les institutions en y insérant ses propres créatures. Les instances de contrôle sont sous coupe réglée, les parlementaires ne représentent plus désormais que leur propre personne, ce qui sera fatal pour la participation aux élections qui se réduira encore plus quand il s’agira de renouveler le parlement. Si les Sénateurs et les Députés ne représentent plus personne, pourquoi personne devra-t-il aller voter ? Pour leur permettre de s’enrichir personnellement et qu’ils aient régulièrement des avantages monstrueux en perpétuant des pratiques malsaines de manipulation de cash sans reddition de comptes, alors que l’État ne peut accomplir la moindre fonction vitale pour que la population ne vive ni dans la gêne ni dans la crasse ?

2017, une année de non droit où les prisons haïtiennes croulent sous le poids de détenus en détention préventive illégale et aberrante ayant dans bien des cas passé en détention, plus de temps que la peine prévue pour les délits commis, sans avoir été jugé. Les prisons haïtiennes en 2017, de véritables mouroirs où le défaut de soin, la promiscuité a propagé des gènes de maladie qui ont emporté bon nombre de détenus entassés comme du bétail dans des espaces réduits et confinés, nous renvoyant l’image des cales des négriers emmenant nos ancêtres dans l’enfer des plantations de Saint-Domingue…

Les droits humains ont souffert en Haïti en 2017 qui a vu une poussée galopante du banditisme qui a fauché la vie de centaines de citoyennes et de citoyens, avec un acharnement sur des membres de la Police nationale. L’État a été mis en déroute par les délinquants qui l’ont défié en faisant des dispositions administratives de la justice demeurées lettre morte. 2017 une année où les spoliateurs de tout poil, pour la plupart, membres des pouvoirs constitués, sénateur de la République, députés, policiers ou autres ont mis à mal la propriété privée. En illustration, le cas de la famille Benoît établie sur ses terres, à Les Palmes, depuis plus d’un siècle, a défrayée et défraie la chronique jusqu’aux dernières secondes de l’année 2017.  De ce point de vue, pour que le désespoir ne se généralise pas, 2018 devrait être une année du rapatriement de l’État rétabli dans ses prérogatives régaliennes pour une entrée dans l’État de droit où désormais, ni l’État, ni ses agents, contraints par les règles de droit, respectent et défendent le principe fondamental de la propriété privée, garantissent la sécurité des vies, des familles et des biens, mettent en déroute cette fois-ci les délinquants et favoriser du même coup l’établissement d’un climat de stabilité et de paix sociale propice à l’investissement.

En 2017, nous avons pleuré la disparition de figures marquantes dans le monde des affaires, dans le monde de la politique, avec une véritable hécatombe dans les rangs de la littérature, la culture et les arts. Une génération est en partance, avec la nostalgie de n’avoir pas su agir pour transformer les difficiles vécus haïtiens ou pour n’avoir pas été témoin de ce changement qui semble hors de notre portée. Ces départs nombreux nous interpellent. Ceux qui restent doivent se secouer pour ne pas partir avec les mêmes regrets que les illustres disparus de 2017. Nous avons le devoir de secouer les inerties, de nous réveiller pour assumer des rôles qui contribueront à mettre le pays en piste pour le changement véritable, en rupture avec le pouvoir personnel, la réussite personnelle incapable de faire de nous des citoyennes et des citoyens heureux dans un environnement insalubre où la misère s’étale au soleil, où tout est en décomposition, où la décadence de notre pays nous revient à la face à chaque fois, lors d’un malheur provoqué par nos comportements ou par des catastrophes naturelles, quand nous sommes sous les projecteurs de la grande presse internationale.

En 2017, Haïti était un pays indigent qui vautrait dans les fatras partout sur nos pas et sous nos pas. Son État insouciant modelé pour enrichir uniquement ses tenants occupés à tirer profit de toutes les situations en pratiquant la surfacturation de kits scolaires ou d’aménagement de décorations de Noel de mauvais goût.  Ses élites égoïstes et apathiques rivés à leurs intérêts personnels n’ont pas le temps de penser à des responsabilités non assumées qui nous valent encore de chercher les réponses à nos propres manquements à l’étranger, dans les resorts de nos voisins ou sur les grands boulevards des grandes villes et capitales du reste du monde avec de grands moyens produits en Haïti, dans un environnement déconstruit, en ruine, mais qui n’interpelle pas assez la conscience citoyenne. Citoyenneté, de quoi parles-tu mon cher ?

Que nous réservons-nous en 2018 ? Verrons-nous par miracle ou par un réveil conscient, l’État changer d’attitude en devenant responsable et soucieux de changer les conditions de vie de la population par la mise en place d’une politique de développement planifiée à l’avance ? Ou constaterons-nous un changement de comportement des uns et des autres, des élites responsables, une classe politique réaliste et acceptant les règles du jeu au profit d’une situation stable capable de favoriser un décollage à tous les niveaux ? 2018 sera-t-elle l’année d’une trêve patriotique où l’année scolaire ne sera pas hypothéquée, le commerce ouvert tous les jours sans panique, les grèves se faisant rares parce que les dirigeants au pouvoir écouteront et satisferont les revendications des syndicats de professionnels dans la santé, la justice et l’éducation.

Verrons-nous en 2018 une prise de conscience qui neutralise les pouvoirs dans leurs strictes prérogatives où le Président de la République ne se croit pas avoir de prérogatives en dehors de ce que lui reconnaît l’article 150 de la Constitution qui se lit comme suit : « Le Président de la République n’a d’autres pouvoirs que ceux que lui attribue la Constitution ». Et en prévision des discussions en cours sur la question de la fin du mandat de quelques Sénateurs où l’on a entendu  avancer le projet d’un Décret présidentiel pour proroger leur mandat  jusqu’en 2020 en violation de la Constitution, pour anticiper une nouvelle crise politique en 2018, nous rappelons ici dores et déjà, le principe de la séparation des pouvoirs, article 60 de la Constitution : «  Chaque pouvoir est indépendant des deux autres dans ses attributions qu’il exerce séparément ». Et l’article 60-1 rebondit : «  Aucun d’eux ne peut, sous aucun motif, déléguer ses attributions en tout ou en partie, ni sortir des limites qui sont fixées par la constitution et par la loi ». Et pour verrouiller le tout, quant au mandat des Députés et des Sénateurs, l’article 111-8 de la constitution est formel : « En aucun cas, la Chambre des députés ou le Sénat ne peut être dissous ou ajourné, ni le mandat de leurs membres prorogé ». En 2018, sortira-t-on de la Constitution ?

Le décor est planté, Haïti, qui a réhabilité son armée à la cloche de bois, le 18 novembre 2017, vingt-deux ans après sa démobilisation, se trouve à l’orée de cette nouvelle année 2018, à la croisée des chemins sous la coupe de dirigeants improvisés et improvisateurs qui ne semblent pas avoir encore trouvé leurs marques pour nous convaincre de leur capacité à nous diriger adéquatement.

L’année 2017 qui s’est terminée par une brouille entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif après les errements du Président Jovenel Moise en Europe, à Paris, précisément, n’augure rien de bon pour le climat de paix sociale.

Pourrons-nous accepter avec courage, l’état des lieux catastrophiques de la justice tel que nous l’avait décrit le bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Stanley Gaston, à l’ouverture de l’année judiciaire, le 2 octobre dernier , en prendre la mesure et réagir avec les meilleurs correctifs possibles? Aurons-nous en 2018, un parlement responsable et bien imbu de son rôle de contrôle des actes de l’exécutif, indépendamment de la réalité partisane d’une majorité présidentielle aveugle ? Verrons-nous un sursaut de la classe possédante pour franchir les rives de la peur et de la prudence extrême pour des investissements dans des secteurs porteurs qui garantissent un peu plus d’emplois pour faire reculer la réalité de chômage généralisé ? Notre classe politique, continuera-t-elle en 2018 de confondre rêve et réalité qui l’empêche de se reconstruire et de se positionner plus valablement comme option de pouvoir pour les prochaines élections à tous les niveaux ? La liste de questionnements pourrait s’allonger, mais on s’arrête ici pour souhaiter qu’en 2018, nos choix et nos actes nous garantissent à tous, de meilleures réponses à nos attentes.

Bonne Année 2018 !

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