HAITI, LE REFUS DU NORMAL     Par Hérold Jean-François

HAITI, LE REFUS DU NORMAL Par Hérold Jean-François

Parce que les crises et les interminables empoignades de la vie sociale et politique sont les principales caractéristiques de notre réalité, nous somm

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Parce que les crises et les interminables empoignades de la vie sociale et politique sont les principales caractéristiques de notre réalité, nous sommes incapables d’accepter comme une évidence tout ce qui se déroule normalement, sans encombre.
Les problèmes étant devenus la norme, tout ce qui marche bien ne peut qu’être impression et apparence… Dans notre subconscient, demain nous mettra en face de notre vraie réalité, le naturel s’imposera par un désordre que tous, nous attendons.
Depuis les élections de 1990, rare processus électoral aura été plus régulier que les actuelles élections devant se conclure le 9 octobre prochain.
Le calendrier est exécuté dans le délai selon les prévisions initiales, le matériel de vote est acheminé à temps, la formation du personnel va bon train, le financement est disponible.
Mais cela étant contraire à l’ordre haïtien fait de reports et d’annulations, certains secteurs font courir toutes sortes de rumeurs sur le report éventuel des élections. Les gens vous interpellent ici et là avec la question inévitable, les élections auront-elles lieu?
Comme si l’on pouvait douter devant tant d’évidences d’un processus aussi rarement régulier et à jour!
Nous sommes incorrigibles, nous sommes atteints d’un virus de la catastrophe, mais le poids des antécédents lointains et récents nous donnent des circonstances atténuantes!
Et quand tout se confirmera par la tenue d’élections que l’opinion publique et les observateurs accepteront et témoigneront de la régularité, alors nous entrerons souhaitons-le dans une nouvelle ère de certitudes. Nous avons besoin de reprendre confiance en notre capacité à nous aligner sur le reste du monde ou du moins sur l’universel en faisant les choses autrement, conformément, de la bonne manière.
Haïti et son peuple doivent s’imposer un ensemble de ruptures. Pas de promesses en l’air pour constater le pire dans la continuité des mauvaises pratiques comme illustré lors de la dernière expérience douloureuse…
Nous avons besoin en toute urgence d’inscrire notre société dans le changement véritable. Il nous faut arrêter de douter de nous. Mais pour cela, nous devons résoudre un ensemble de dossiers et nous réapproprier nos principales prérogatives. Mettre fin à la sous-traitance de substituts multiples comme les Nations-Unies, les experts étrangers, les envoyés spéciaux, les ambassadeurs de pays “amis” etc., pour résoudre nos problèmes.
La culture démocratique n’arrive pas pas inoculation d’un vaccin et autre injection à l’ensemble du corps social . Il s’agit d’un choix délibéré d’une société et de ses citoyennes et citoyens qui consentent de changer, d’évoluer d’une tradition autoritaire avec ses tares et ses référentiels pour adopter consciemment et délibérément d’autres patrons de comportements conformes avec les exigences du régime démocratique. Nous avons à jeter à la poubelle de multiples expressions, attitudes et comportements antidémocratiques.
Trafiquer la volonté populaire librement exprimée dans des élections pour produire des dirigeants et des institutions illégitimes. Faire un coup d’État pour essayer de retarder l’histoire et bloquer le changement; utiliser la violence comme arme de détention de pouvoir; détourner systématiquement les maigres ressources du trésor public et maintenir inchangées les dures réalités de la majorité dépourvue des services sociaux de base; la mauvaise gouvernance, le défaut de planification, l’incurie généralisée qui génère des tares multiples sont autant de paradigmes qu’il faut changer pour entrer en démocratie.
L’adoption de nouveaux paradigmes, l’État de droit, l’égalité devant la justice et dans la loi, une femme, un homme un vote, l’honnêteté, l’intégrité dans la gestion des fonds publics, le respects des droits fondamentaux de la personne, l’égalité des chances et tout un ensemble de valeurs qui n’ont pas cours libre chez nous, sont autant de mets au menu que nous devons apprendre à déguster, à savourer, à digérer surtout, pour entrer de manière irréversible en démocratie. La route est longue, les forces de blocage, le refus de modernité, le consensus tacite contre la légalité, la résistance, voire la résilience éprouvée des forces conservatrices qui tiennent en échec le pari démocratique en Haïti depuis toujours, sont des éléments qui ne doivent pas nous échapper. La démocratie a trop d’ennemis subtils en Haïti pour penser que nous y entrerons sans transpirer… Mais le normal finira par s’imposer avec la volonté tenace de ceux qui ne reculent pas devant le pessimisme des uns et des autres…

Ce texte a été initialement diffusé à l’émission Questions/Réponses du vendredi 16 septembre de Radio IBO 98.5 FM Stéréo.

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