MACHE PRESE…Par Hérold Jean-François

MACHE PRESE…Par Hérold Jean-François

Le temps rattrape Michel Martelly Président de la République d’Haïti, qui, après trois ans à gagner du temps on ne sait dans quel but rationnel, comme

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Le temps rattrape Michel Martelly Président de la République d’Haïti, qui, après trois ans à gagner du temps on ne sait dans quel but rationnel, commence à avoir le regard bloqué sur sa montre. Jou bare prezidan an ki preske nan kouri…Cela nous fait penser à la caricature de Junior Rigolo dans la meringue carnavalesque de Brothers Posse « cho cho nèt » où, imitant l’artiste devenu Chef d’État, le comédien lui fait dire dans le style Sweet Micky « mwen te pale yo »…

Martelly, imitant en cela René Préval qui est le mauvais modèle dans la dérégulation des agendas électoraux, a tout fait pour qu’au cours de ces trois dernières années, on n’ait pas eu des élections en Haïti. L’administration Martelly a préféré revenir aux vieilles habitudes de la période dictatoriale des Duvalier, procéder au contrôle rapproché de la gestion du pouvoir au niveau des municipalités, en désignant des agents intérimaires de l’Exécutif à n’en plus finir.

L’expression autocratique du pouvoir trouve en Michel Martelly son modèle le plus parfait, en marge des acquis démocratiques issus de la Constitution de 1987 qui préconise un Pouvoir Exécutif autrement. Le Président de la République selon le format du texte constitutionnel du 29 mars 1987 ne ressemble pas au profil adopté par monsieur Martelly. Malgré que nous vivions à l’heure de la propagande à outrance où les propagandistes prétendent nous faire voir la vie en rose dans une Haïti idéalisée, personne ne pourra prétendre que notre actuel Président est le garant des institutions qu’il fait tout pour affaiblir et contrôler. Michel Martelly est défaillant quant à ses attributions de Président de la République qui doit « veiller au respect et à l’exécution de la Constitution et à la stabilité des institutions. Il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. » (Article 136 de la Constitution).

L’état d’esprit de l’équipe au pouvoir, c’est de contourner les institutions, les affaiblir et prétendre faire des assemblées illégitimes assumer leur rôle à leur place. Michel Martelly a fixé la date des prochaines élections au 26 octobre 2014. Dans toute l’histoire de la transition, il n’y a aucun antécédent où ce soit le Chef de l’État, et non le Conseil Électoral qui fixe la date des élections à la suite de l’établissement avec la classe politique, d’un calendrier électoral. Si vous voulez un autre exemple, rappelez-vous l’article 12 de « l’Accord d’el Rancho ». Le projet non avoué depuis ces trois dernières années, c’est d’arriver à un vide institutionnel et aboutir à une réalité d’un seul et unique pouvoir. Martelly rêve d’avoir les prérogatives de Jean-Claude Duvalier. A l’époque, quand la Chambre des Députés entrait en vacances, elle donnait les pleins pouvoirs au Président-à-vie. Dans l’actuelle conjoncture où pareille situation est impossible, la caducité du Sénat et la fin du mandat des Députés après celle des Maires il y a déjà deux ans ou plus, fera de Michel Martelly le seul élu avec un mandat encore valide. Et comme le Parlement n’est plus là pour « l’emmerder », le Président, « au nom de la continuité de l’État et pour préserver les intérêts supérieurs de la nation », n’aurait d’autre choix que de gouverner par Décrets… « Ayiti yo pa vle a… » Et de là nous entendons la vague des cohortes tèt kale « Micky, peyi a se pou ou, kale bonda’w jan’w vle ! »…

Mais il y a une limite à l’indécence et au supportable. Quand la société civile, malgré les soubresauts de l’opposition, MOPOD, Lavalas, Moïse Jean-Charles, les six Sénateurs réfractaires, les organismes de défense des droits de la personne, une certaine presse etc., ne peuvent pas faire entendre raison au Président ; quand la Chambre des Députés mange dans la main de Martelly et ne tient compte aucun des résolutions du Sénat de mise en accusation du Président et du Premier Ministre, c’est malheureusement, la communauté internationale, une fois de trop qui nous remplace et qui met la pression pour aller aux élections coûte que coûte…

Les élections de 2006 et de 2010-2011 sont là pour nous enseigner que l’Internationale ne s’embarrasse pas de formes, les apparences suffisent. Et ses émissaires et proconsuls sont bien là et trouveront la formule pour nous faire boire, ingurgiter la potion électorale, malgré les réserves et présomptions de fraude…L’OEA, la semaine dernière a dit haut et fort que nous patinons depuis trop longtemps et que nous avons franchi les limites du supportable. Les émissaires étrangers font un véritable ballet dans nos institutions pour mettre la pression de toutes parts pour que les élections aient lieu cette année. En 2012, l’ambassadrice des États-Unis, Pamela Ann White nous avait bien dit qu’il n’y aurait pas eu d’élections au cours de ladite année. L’étranger qui mène malheureusement le jeu chez nous, était encore d’accord pour supporter les retards du régime Martelly. Mais là, il nous semble que trop c’est trop et on l’a signifié clairement au Président dans ses multiples voyages. La démocratie et même le semblant propre à notre pays, pour être digérable, doit avoir la caution d’institutions issues d’élections qui n’ont pas besoin d’être parfaites, mais qui doivent tout de même se tenir, bâclées ou pas…

D’où, le « mache prese » qui porte Michel Martelly à descendre la pente à toute vitesse, sans faire cas des obstacles. Mais ici, on n’est pas dans la rue que les policiers peuvent bloquer à tout moment pour que le cortège présidentiel passe à toute « bouline » ! La tenue des élections est conditionnée par un ensemble de facteurs dont le Président n’a pas à lui seul, le monopole du contrôle.

Nous sommes déjà dans l’impasse électorale, où il faut compter avec les parlementaires de l’opposition pour affranchir la Loi Électorale. La société haïtienne demandeuse de changements démocratiques n’est pas prête à entériner l’application de l’article 12 de «  l’Accord d’el Rancho » qui prétendait contourner les prérogatives du Parlement dix jours francs à partir de sa signature. La communauté internationale, malgré son désir de voir les élections se tenir avant la fin de cette année en Haïti, ne peut rien faire pour forcer les Sénateurs opposants à faire les concessions voulues pour amender la Loi électorale dans le même sens que l’ont déjà fait les Députés. Pour sauver les apparences et une certaine cohérence dictée par la morale démocratique, elle ne peut pas s’aligner non plus sur le sans gêne du Sénateur Wencelas Lambert qui plaide de façon aveugle
pour l’application de l’article 12 dudit accord mort-né.

Les nouvelles décisions du Président Michel Martelly de nommer un nouveau représentant de l’Exécutif au CEP, dans l’esprit d’el Rancho, n’est rien moins qu’une fuite en avant dans le pur style du Président qui semble n’avoir tiré aucune leçon de sa mésaventure avec le CEP à six membres du 21 août 2012. Michel Martelly en « bon » autocrate, privilégie son propre point de vue, il a rejeté d’un revers de main la proposition de dialogue du Sénat de la République pour le retour à la Constitution quant à la formation du Conseil Électoral Provisoire. Il forme son CEP sans tenir compte que le Sénat n’ait pas encore confirmé ou infirmé les représentants du Parlement au CTCEP. Une fois de plus, avec le Président, c’est la logique du mur qu’il ne peut voir sans en avoir le dos contre… Tèt Prezidan an sanble cho tankou yon vè lanp. Les pressions aidant, Martelly proclame « eleksyon tèt drèt » ! Ambyans ta ka reklame dwa dotè ! 26 octobre 2014, eleksyon wè pa wè ? Se sa’n pra’l wè pourrait dire le camp d’en face ! Anatandan, tankou Sixto, kat pelouz nou nan pòch nou pou nou asiste klasiko sa !

Selon les spécialistes du système, il faut six mois pour réaliser des élections à peu près bonnes. Entre mai et octobre, il ne reste que cinq mois. Pour notre part, nous pensons qu’avec une bonne mobilisation l’on peut organiser des élections conformes dans un espace de quatre à cinq mois, étant donné les mises en place déjà faites par le CTCEP. Mais aujourd’hui, l’empressement change de camp. Michel Martelly qui traînait les pieds en prenant son temps au cours de ces trois dernières années et qui n’avait aucune velléité d’organiser les élections selon le calendrier constitutionnel, semble désormais vouloir courir, pour ne pas dire galoper. En face, après avoir passé trois années à réclamer sans succès du Président, la tenue d’élections pour renouveler les institutions, ses opposants et tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans « l’accord d’el Rancho » qui, à une ou deux exceptions près, n’a pas été une assemblée représentative des forces politiques, en face disions-nous, on ne semble pas du tout pressé d’entrer dans l’aventure électorale avec des partenaires dont on est incapable de faire le crédit de bonne foi, les antécédents et contentieux étant ce qu’ils sont…Et l’on oublie la leçon de Jean de Lafontaine « rien ne sert de courir, il faut partir à point »…

Michel Martelly est un bon exemple du « kalbendaj » haïtien. Nous faisons tout à contre temps au lieu de faire les choses à temps. Nous pensons que nous sommes les maîtres du temps. « N’a gentan, sa’w gen la », « depi desanzan se pa konsa sa pase, sa’k te gentan gen la ». Mais Pouvons-nous faire mentir le dicton voulant que l’on ne rattrape pas le temps perdu ? Si nous devions avoir raison, pour notre malheur, nous nous conforterons dans notre laxisme, notre nonchalance proverbiale, objet de tous nos retards. Et une fois de plus, nous chercherons le bouc émissaire idéal, le « Blanc » à qui nous ferons porter la responsabilité de nos incohérences…

Par Hérold Jean-François

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