RÔLE DE LA PRESSE DANS LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN HAITI…

Par Hérold Jean-François Pour lutter contre un phénomène, le préalable c’est de pouvoir l’identifier sur tous ses contours. De quoi parle-t-on en H

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Par Hérold Jean-François

Pour lutter contre un phénomène, le préalable c’est de pouvoir l’identifier sur tous ses contours. De quoi parle-t-on en Haïti quand on parle de corruption ? Avons-nous en Haïti la même perception que le reste du monde de ce que l’on identifie comme un acte de corruption, un fait, un geste de corruption ? Est-ce que ce qui est corruption ailleurs l’est aussi en Haïti ?

La lutte contre la corruption en Haïti passe par un préalable, celui d’un alignement sur les valeurs universelles pour rompre avec nos propres schémas alimentés par une très longue tradition d’accommodement avec des pratiques admises, tolérées, entretenues et qui font que la corruption soit partie intégrante du système, de nos mœurs, jusqu’à se projeter comme un phénomène culturel rendant encore plus difficile, toute velléité de la combattre, voire, l’éradiquer.

Ici, il convient que les groupes organisés de la société, l’État, les pouvoirs publics, les institutions démocratiques s’investissent dans une opération commune, une campagne de long terme et de longue haleine de divulgation de publications de toutes sortes dans les écoles depuis la petite enfance, pour sensibiliser les citoyennes et citoyens sur toute la dimension, tous les aspects et les subtilités du phénomène de la corruption.

La lutte contre la corruption en Haïti doit s’inscrire dans les aspects universels d’identification du phénomène pour porter notre société à se rendre compte des anomalies de nos attitudes et comportements que nous admettons comme normales, alors qu‘il s’agissait en fait de multiples manifestations de ce que l’on identifie ailleurs comme mauvais et répréhensibles.

Ici, il y a un vaste chantier qui s’ouvre devant nous, parce qu’il s’agit d’un véritable défi, celui de tenter de redresser un arbre affecté par une posture anormale plus que bicentenaire et de le faire prendre de nouveaux contours, une nouvelle forme qui entre notre société dans la voie de la droiture.

Les matériels didactiques adaptés à cette lutte devront opposer deux visions de choses différentes, une lutte entre des valeurs reçues erronées et les valeurs universelles évidemment en conflit avec ce qui est généralement admis en Haïti et avec lesquels nous avons traversé plus de deux siècles de vécus.

Par exemple, faire le nouveau fonctionnaire haïtien intégrer que voler l’État n’est pas voler, quand la plupart, la quasi totalité des fortunes et richesses de notre pays ont été construites dans des pratiques de corruption au détriment de l’État et des ressources dont il a été privé pour fournir des services à la population, une véritable gageure. Changer de paradigme pour que les dossiers de l’État soient ouverts au grand public, que l’on puisse les consulter en ligne sur les sites de l’Administration publique pour sortir d’une tradition d’opacité totale et entrer dans la réalité nouvelle de transparence totale. Sortir l’État d’une posture autoritaire voulant qu’il n’a de compte à rendre à personne et l’amener dans le nouveau schéma social à la reddition de comptes, voilà des progrès qui constitueront en soi une petite révolution…

Pénaliser et criminaliser désormais des actes, faits et gestes de notre quotidien que l’on acceptait comme la norme, les rendre délictueux, faire que chaque citoyen, chaque acteur de l’État et du secteur privé devienne comptable de leurs délits, sortir de la dynamique de la société d’impunité, voilà les objectifs que la société haïtienne consentante devrait se fixer, en rupture avec une très longue tradition de l’acceptation de l’anormal.

Rôle de la presse dans la lutte de la corruption

Pendant toute la transition vieille de trente-deux ans, la presse haïtienne a assumé tout un ensemble de rôles initialement dévolus à nos institutions, mais qu’elles ne pouvaient plus exercer parce que défaillantes et en plein dysfonctionnement. Or la presse, les journalistes n’ont pas toujours été prêts à les jouer pour différentes raisons. L’une des premières raisons c’est que la presse et les journalistes sont parties prenantes de notre société et n’échappent pas toujours à la règle générale. Et voilà qu’on leur demande de se projeter au-dessus du lot et en toute transcendance, de faire les choses autrement, d’avoir la tâche surhumaine d’être les porteurs du nouveau modèle, du nouveau système démocratique, comme si la presse et les journalistes ne faisaient pas en même temps et conjointement avec le reste de la société, le même apprentissage de vivre désormais dans un environnement démocratique. C’est comme prétendre que la presse et les journalistes, comme avant-garde, étaient au-dessus de la mêlée et détenaient déjà le savoir-faire, le savoir vivre en régime démocratique, avaient déjà la maitrise de tous les outils, instruments, préceptes, avaient appris on ne sait où tous les fondamentaux du nouveau régime politique choisi par les Haïtiennes et les Haïtiens avec le vote de la Constitution du 29 mars 1987.

L’autre raison qui handicape le travail de la presse et des journalistes, c’est la précarité ambiante qui empêche les médias en particulier, d’articuler des programmes pour que constamment sur leurs ondes, l’évangile démocratique, les vertus du nouveau système soient véhiculés, pour induire dans la société haïtienne de nouveaux réflexes et distiller dans nos mœurs et habitudes des valeurs universelles qui consolident, d’une étape à l’autre, les assises de la démocratie. On a dévolu à la presse et aux médias, des rôles pour lesquels on ne leur a pas donné les moyens. Par ailleurs, les journalistes sont des citoyennes, des citoyens haïtiens affectés par toutes les tares de notre société. Par exemple, la baisse du niveau de l’enseignement, d’une génération à l’autre, n’épargne pas les intervenants de la presse tout comme le reste de la société qui participe dans ce débat généreux, diversifié et souventes fois confus, pour nous aider à nous frayer un chemin sur les sentiers de la démocratie. Tous les reproches faits à la presse pendant cette longue transition ont à voir avec l’un ou l’autre de ces aspects.

Quant au rôle de la presse dans la lutte contre la corruption, cette nouvelle mission est illusoire et irréaliste si l’on pense de la même façon erronée qu’avant, que la presse et les journalistes ont la science infuse et que tout seuls, ils disposent des outils pour atteindre cet objectif avec efficacité. On oublie trop souvent en Haïti que la presse est un instrument d’accompagnement et que la société civile, les institutions publiques, les pouvoirs constitués à tous les niveaux ont un travail préalable à exécuter pour outiller les journalistes et les médias et les mettre en condition optimale de jouer leur rôle pour combattre le fléau de la corruption.

Il est certain que la presse représente la plateforme idéale de transmission de nouvelles valeurs pour sortir de la tradition de mauvaises pratiques et porter la société dans tous ses compartiments à faire les efforts indispensables pour provoquer un rupture notable avec un phénomène qui a la responsabilité première de tous nos maux, de toutes nos insuffisances, de toutes les souffrances de la majorité des citoyens, parce que la corruption des uns et des autres, prive l’État et les collectivités des moyens qui devaient servir a ériger une société de service au profit du bonheur de leurs administrés.

Avant d’en arriver au rôle que la presse et les journalistes doivent jouer dans la transmission des nouvelles valeurs d’une société chaque jour moins corrompue, les institutions publiques, l’État central doivent manifester une volonté politique suffisante pour que les instances de lutte contre la corruption ne soient pas des éléphants blanc mis en place rien que pour satisfaire les exigences des bailleurs de fonds et faire comme si la corruption nous préoccupait réellement. Les décideurs politiques doivent envoyer au pays, à l’ensemble des citoyens des signaux clairs quant à leur inébranlable volonté d’en finir avec la corruption. Pour cela, les autorités haïtiennes doivent s’investir dans une infatigable campagne de sensibilisation des serviteurs de l’État, des fonctionnaires petits et grands, que l’on établisse et publie des codes de conduite divulgués pour être connus de tous, que le spectre des poursuites pèse sur tous ceux-là qui se montrent indélicats, que les exemples soient donnés en poursuivant devants les instances compétentes, les tribunaux et les cours désignées, tout coupable sans distinction afin d’arriver à un assainissement des mœurs et pratiques dans l’administration publique. Que tout un chacun soit exposé å tout moment aux exemples de faits et délits de corruption affichés dans tous les bureaux de l’État, à travers des messages dans les médias, des brochures, des dépliants afin que nul n’en ignore…

Précédemment à l’action des journalistes et des médias, des organisations de la société civile spécialisées dans la lutte contre la corruption doivent jouer leur mission en déployant un ensemble d’initiatives pour porter toutes les couches de la population à être en éveil pour prendre conscience et être attentive quant au phénomène de la corruption, à ses manifestations et ses multiples modes d’expression. Campagnes de sensibilisation, séminaires, matériels éducatifs, spots publicitaires audio et vidéo pour éduquer sur le phénomène et que l’on devienne pro actifs, à même d’identifier les faits, les formes de corruption quelle que soit la forme sur laquelle elles se manifestent. Des plaidoyers doivent être menés auprès des pouvoirs publics, le parlement notamment, pour l’adoption de lois pour criminaliser la corruption, réviser et actualiser l’arsenal législatif et offrir les instruments légaux indispensables pour l’affinement de la lutte contre le fléau.

De cette manière, les journalistes et les médias peuvent mieux articuler leur travail en invitant dans leurs espaces tous les acteurs impliqués dans la lutte, pour qu’en plus de la campagne de sensibilisation, la lutte contre la corruption soit présente dans les émissions et l’univers médiatique. Les acteurs sociaux doivent toujours se rappeler que la liberté de la presse, les médias sont au service de la liberté d’expression et que chaque entité, de son côté, dans son champ d’action doit bien préparer les différents aspects de son rôle pour que l’on arrête de vouloir faire la presse remplacer les citoyens et la société organisée.

 

LA PRESSE À L’ABRI DE LA CORRUPTION ?

Par ailleurs aujourd’hui, la presse haïtienne, est-elle à l’abri du phénomène de la corruption ? Il y a ces temps-ci de plus en plus de mises à l’index d’une certaine presse qui serait impliquée jusqu’au cou dans la corruption. La presse, avant de s’impliquer dans toute lutte contre ce phénomène rampant, ne devait-elle pas faire le ménage pour extirper la corruption de ses rangs et isoler ses membres affectés dont la mauvaise réputation salit toute la corporation ? Heureusement que la presse haïtienne dans sa globalité a accompagné la société dans le choix fait en 1987 d’entrer en démocratie et que pour cette implication sans faille, elle mérite encore le respect de la population qui continue de la solliciter à tort ou à raison pour assumer des rôles. Si la corruption n’a épargné aucun secteur et que la presse, elle aussi n’en est pas à l’abri parce que certains médias ou des personnalités du secteur y baigneraient, il est réconfortant que dans la perception générale, on ne voit pas la presse et la corporation des journalistes comme une branche à couper tellement elle est gangrenée par la corruption.

Ceci étant mis en évidence, la presse a encore un capital crédit suffisant pour accompagner le pays dans la lutte contre la corruption. La société civile, les pouvoirs publics ne doivent pas prendre pour acquis que seule, dans sa spécialisation, la presse peut faire ce travail de sensibilisation et de lutte contre la corruption. La presse, à notre avis, doit être retenue comme une partenaire obligée pour accompagner sans faille les programmes conçus par les spécialistes, pour que les médias, une fois de plus, soient ce vecteur important qui transmettra le message, créera l’environnement propice par une intensification de la diffusion du message contre la corruption et ses méfaits. La presse, tous les jours, dans ses programmes en offrant la parole à toute la ligue des intervenants contre la corruption, dans ses éditoriaux, doit faire ressortir pour la population comment la corruption prive l’Etat et les collectivités des moyens qui, s’ils n’étaient pas détournés, auraient permis de construire plus d’écoles, plus d’hôpitaux, plus de routes, plus de centres de loisirs, de financer plus de centrales électriques, plus de cantines scolaires ou de restaurants communautaires pour offrir à la population à chaque fois, plus de services de proximité, qui lui garantissent une meilleure qualité de vie. La qualité de vie, un concept vide de sens en Haïti pour la majorité des citoyennes et des citoyens, par la faute de la corruption qui s’est approprié ce qui était destiné à la communauté des citoyens pour l’attribuer égoïstement au bonheur individuel.

1er mai 2018

 

 

 

 

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